• BAUDENS Pauline

Comment j’ai vaincu le syndrome de l’imposteur

Avez-vous le syndrome de l’imposteur ?

Ou plutôt, devrais-je demander : avez-vous déjà douté de votre rôle dans votre entreprise, ne vous croyant pas à la hauteur ?


Selon le Journal of Behavioral Science, 70 % des personnes dans le monde auraient déjà, au moins une fois dans leur vie, souffert du syndrome de l’imposteur. Ce sentiment touche tout le monde, et plus particulièrement les personnes ayant des jobs à responsabilités. Ainsi, plus on grimpe dans les hautes sphères, plus ce syndrome sévit.


Le co-fondateur et co-PDG de la compagnie informatique Atlassian, Mike Cannon-Brookes, a une fois avoué : « La plupart du temps, je me sens comme si je ne savais pas vraiment ce que je faisais ». Le niveau de décision qu’il prend l’amène forcément à être dans le brouillard. Pour autant, il est arrivé là par son travail et sa persévérance. Bien sûr, il y a toujours une petite part de chance, mais elle ne justifie pas un succès, des promotions, des victoires.


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Il y a quelques années, j’ai participé pour la première fois à un Hackathon organisé dans mon entreprise. Un Hackathon, pour ceux qui se le demandent, est une sorte de compétition entre équipes principalement composées de développeurs qui s’affrontent en montant des projets de création d’applications, d’amélioration des procédés, etc. En règle générale, et c’était le cas ici, ils ont 24 h pour coder et monter le prototype. À la suite de ça, il leur faut présenter le prototype. Les meilleurs gagnent des prix.


Je ne suis pas développeur. Malgré tout, j’ai présenté un projet qui fut accepté pour participer à l’Hackathon. C’est ainsi que je suis devenue ambassadrice d’un projet à la tête d’une équipe. Cette équipe, j’ai dû la monter moi-même. Cela n’a pas été facile, car sans grande connaissance technique, il était difficile de convaincre des développeurs de rejoindre le projet. Par miracle (enfin, c’est ce que j’ai longtemps cru), dix autres personnes ont rejoint mon équipe, toutes des machines de guerre du développement d’app.


Le grand jour, nous avons bossé comme des fous. En 24 h, nous avons réussi l’exploit de concevoir le prototype de notre projet d’app de voyage. Ensuite, est venu mon moment de gloire. En tant qu’ambassadrice, j’avais le devoir de présenter notre exploit devant tous les collègues participants, en plus du conseil d’administration de l’entreprise, en bref 450 personnes, et tout ça sans avoir dormi depuis plus de trente heures. La grosse angoisse ! Je me souviens avoir demandé à mes co-équipiers si l’un d’eux serait tenté d’aller sur le podium à ma place. Après tout, ils étaient bien plus expérimentés que moi. Évidemment, ils n’étaient pas suicidaires ! Ils m’ont répondu : « Tu es notre ambassadrice, c’est à toi d’aller sur l’estrade expliquer notre travail ! Courage, on est avec toi ! ». C’est ainsi que je me suis retrouvée tremblante sur scène. Allez voir mon article « Comment j'ai vaincu ma peur de parler en public grâce aux workshops », si vous êtes curieux de cette histoire.


Ce qui m’intéresse ici, c’est qu’après mon oral présentant notre projet pour la compétition, je me suis sentie tout simplement minable. J’ai soudain eu l’impression d’avoir gâché le super travail de mon équipe avec une présentation d’hyper-stressée incompétente. Pour moi, c’était clair comme de l’eau de roche, mon équipe, très douée et compétente, avait écopé, pour les guider d’un « manager junior », c’est-à-dire moi. Je n’avais pas été à la hauteur, maintenant c’était clair.


Pourtant, mon équipe n’a jamais montré aucune déception quant à ma présentation. Ils l’ont d’ailleurs plutôt complimenté.


Alors pourquoi ais-je eu ce sentiment d’avoir été en dessous de leur niveau ? Après tout, c’est moi qui fut à l’origine du projet. C’était mon idée, que l’on a ensuite transformée ensemble.


Après diverses discussions avec différents collègues, j’ai réalisé que j’ai, lors de cet hackathon, été un super manager. J’étais incroyablement motivée, pleine d’énergie, soutenant mon équipe. J’ai transmis mon enthousiasme à mes coéquipiers. Je faisais de mon mieux pour suivre l’avancée du projet et comprendre le travail de chacun. J’ai ainsi appris à créer des mock-ups (démonstration du fonctionnement d’une application) et plein d’autres choses. En bref, je me suis mise au service de mes coéquipiers pour les aider le mieux possible. Et oui, je ne pouvais pas coder !


Aujourd’hui, j’en suis sûr, ils ont adoré travaillé sur ce projet ambitieux avec moi. Ça a été pour chacun de nous une expérience incroyable qui nous a soudées. La détermination de chacun le prouve. Mon équipe est l’une des seules qui est restée, quasiment au complet, à travailler la nuit entière, pendant 24 h.


Au moment de la présentation finale, oui j’ai gaffé avec le Powerpoint, oui j’ai été méga maxi stressée. Mais j’ai, et devant ces 450 personnes, dit à quel point j’étais fière d’avoir travaillé avec ces 10 personnes hyper intelligentes que je venais de rencontrer. Je ne pouvais pas leur faire de plus beaux cadeaux. Je comprends mieux aujourd’hui pourquoi ils n’ont pas été déçus de ma présentation : déjà, parce qu’elle n’était pas si nulle, mais surtout parce qu’ils étaient venus pour s’amuser. Et du fun, ça oui nous en avons eu !


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C’est bien plus tard que j’ai mis un mot sur ce sentiment d’infériorité. C’était bien le syndrome de l’imposteur qui m’a sévit en ce jour d’Hackathon, et qui m’a donné ce faux sentiment d’avoir été médiocre, d’avoir raté, et de ne pas avoir mérité cette équipe. M’en rendre compte m’a permis de réaliser à quel point ces sentiments négatifs m’ont brouillé la vue. La réalité était bien plus belle que celle que je me suis créée dans ma tête. Aujourd’hui, j’en ris.


Il m’arrive parfois encore de ressentir ce malaise, de penser que je suis la mauvaise personne. Je suis de nature travailleuse, et j’ai mérité chacune de mes promotions et chacun de mes succès. Aujourd’hui, j’en suis consciente, et j’arrive davantage à repérer ces instants d’hésitations. En effet, prendre conscience de ses points forts et points faibles aident à surpasser ce syndrome, car au final, la confiance en soi est clé. Généralement, on n’arrive pas là où l’on est par hasard. Je crois dur comme fer que l’on récolte ce que l'on sème.


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